AEF sur le livre d’Isabelle Ferreras «Gouverner le capitalisme»


Parier sur la démocratisation des entreprises et des organisations du travail ?

  

 
 

Notre note : Nous partageons le constat de cet ouvrage. Pour les solutions, elles risquent d’aller dans la direction du « social engineering ».  La communauté des gens qui passe leur vie professionnelle ensemble ne peut pas se construire autour des structures rigides imposées. Anthropologiquement, une communauté se définie par les règles de vie, qui ont naturellement émergés en son sein et qui sont partagées par la grande majorité de leur membres. Ce n’est pas un cadre formel de règles écrites. C’était justement une des raisons pourquoi le mouvement de sociocratie qui visait une démocratie dans l’entreprise n’a pas réussie.

Une autre réserve concernant les solutions évoquées consiste en transposition des outils étatique dans le monde de l’entreprise. La relation du citoyen à l’état et très différente par sa nature et pas son cadre juridique de celle entre le salarié et l’entreprise. Qu’on veuille ou non, les statuts de l’entreprise capitalistique dont tout l’autorité au patron. Cette autorité lui permet aussi d’organiser l’entreprise à l’intérieur comme il le souhaite. Des dizaines de patrons l’ont pris pour libérer leurs entreprises, en coopération, bien sûr, avec les salariés et leurs représentants syndicaux quand c’étaient le cas. Mais l’impulsion est toujours venue du patron, pas d’un cadre formel extérieur. D’ailleurs, pour que la libération réussisse, elle doit inventer sa propre forme organisationnelle en tenant compte des spécificités, de l’histoire de chaque entreprise. Comme la  démocratie a émergé dans des pays en tant qu’outil au service de la liberté individuelle, toute forme organisationnelle ont émerge pour respecter la liberté et la responsabilité de l’action pour le bien de l’entreprise. La codifier d’avance est du « social engineering ».

par Xavier Baron

 AEF Nov, 2012 Document n° 6981

En pleine crise économique et dans une atmosphère de défiance croissante dans les institutions et dans l’avenir (l’Etat, l’Europe, les patrons…), le débat sur la possibilité et la pertinence du choix de la démocratie en entreprise est relancé avec la publication récente de l’ouvrage d’Isabelle Ferreras. Chercheur au FNRS (Bruxelles, l’équivalent de notre CNRS), Professeur à l’université de Louvain et Senior Research Associate à Harvard, elle publie en
septembre 2012, Gouverner le capitalisme, chez PUF, après Critique politique du travail (Presses de la fondation Nationale des Sciences Politiques, 2007). Ses recherches débouchent sur une proposition originale de bicamérisme pour la gouvernance des entreprises.

Un horizon encore lointain pour un malaise bien présent

Cette proposition résulte d’un constat. Quel que soit le niveau d’exercice et le secteur d’activité, même dans des métiers pourtant réputés peu nobles (des caissières par exemple), le travail n’a pas qu’une dimension instrumentale. Il revêt des dimensions expressives, lesquelles, niées ou malmenées, participent de cette réalité devenue banale selon laquelle, « les salariés vont mal ». « Gagner sa vie » est une des raisons essentielles de travailler. Ce n’est pas la seule. On travaille aussi pour « être autonome », pour « être inclus » dans le tissu social, pour « se sentir utile » à quelqu’un, l’entreprise ou la société et enfin, on travaille avec l’espoir et la volonté de « faire quelque chose d’intéressant ». Ces dimensions font du travail une expérience politique pour chaque travailleur.».

Vous pouvez lire l’article dans son intégralité ici

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