Meilleure performance des entreprises Allemandes grâce au meilleur engagement de ses salariés

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Comment créer les conditions d’un engagement collectif ?

Bertrand Collomb et Pierre Burello

10 juillet 2012, Le Figaro

Le vice-président de l’Académie des sciences morales et politiques et le DRH du groupe Latécoère mettent en avant le lien direct entre performance de l’entreprise et engagement de ses collaborateurs. Le décrochage compétitif de la France par rapport à l’Allemagne, qui s’est accompagné d’une perte de substance de nos industries, a suscité beaucoup de commentaires pendant la période électorale récente. Nos voisins d’outre-Rhin ont su créer autour de cet objectif de compétitivité un consensus national indépendant des alternances politiques. Au sein des entreprises, des accords ont été négociés, et des efforts considérables ont été consentis.

Les résultats de cet engagement collectif sont assez évidents en termes d’emploi et de croissance. Et certains fruits en sont même maintenant recueillis en terme d’accroissement de salaires.

Certains pensent que le système allemand original de la Mitbestimmung, la codétermination, est un facteur important de ce succès. D’autres pensent qu’il est impossible, pour des raisons culturelles et historiques, d’obtenir un engagement collectif en France.

Une étude réalisée par Hubert Landier sous l’égide de l’Institut de l’entreprise peut conduire à se poser des questions. Elle note à la fois une baisse des formes traditionnelles de revendication, notamment les grèves, mais aussi une progression d’un certain désengagement des salariés, se traduisant notamment par une croissance de l’absentéisme et un manque d’initiative et d’efficacité personnelle et collective.

Or la performance de l’entreprise dépend très directement de l’engagement de ses collaborateurs. Cette évidence est trop souvent perdue de vue par ceux qui ne voient dans l’entreprise que stratégie ou opérations financières, oubliant que ce sont ses équipes qui font ou défont son succès quotidien. Plusieurs études montrent bien que les entreprises où il fait bon travailler sont aussi les plus rentables pour les actionnaires.

La bonne nouvelle est qu’en France aussi, et sans qu’il soit nécessaire de faire des lois nouvelles, il est possible de créer les conditions de l’engagement collectif. C’est ce que montrait une réunion organisée récemment à l’Académie des sciences morales et politiques pour la remise d’un prix du management humaniste, appelé prix Olivier Lecerf, du nom du président de Lafarge des années 1980. Le lauréat était cette année, non une entreprise, mais une association, Germe, qui rassemble, dans plusieurs villes de France, plus de 1 200 cadres de direction de toutes tailles d’entreprise ou dirigeants de petites entreprises. Germe a été créée en 1998 pour leur permettre de réfléchir et de s’entraîner afin de progresser ensemble dans leurs pratiques de management.

Plusieurs membres de ce réseau ont témoigné de la façon dont l’engagement collectif au sein de l’entreprise a pu leur permettre de mieux traverser les crises, par un effort commun plutôt que par des charrettes de licenciements. L’entreprise ostréicole bien connue Gillardeau obligée de déplacer brusquement ses lieux d’élevage d’huîtres, Bénéteau mettant à profit un effondrement temporaire du marché pour créer une nouvelle gamme de bateaux plus performants, ou Terreal faisant face à la baisse drastique du marché de la construction, tous ont constaté l’extraordinaire capacité de mobilisation des équipes de l’entreprise. Pourvu, bien entendu, que les conditions en soient réunies. Sur ces conditions, vérité du dialogue, attention et respect de l’autre, écoute, confiance, exemplarité sont les mots qui reviennent le plus. Ils se mettent en oeuvre au quotidien par des initiatives pratiques diverses selon les entreprises, mais où l’échange d’expériences et la formation sont un trait commun.

Des témoignages suffisamment forts pour montrer que l’engagement des hommes pour l’entreprise, et l’engagement de l’entreprise pour les hommes et les femmes qui la composent, c’est encore la meilleure façon – et à vrai dire la seule – de créer et maintenir une entreprise performante.

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